Portrait d'invité
Éducateur et médiateur dans les cités de Marseille
Mohamed Benmeddour est un médiateur de rue et éducateur de terrain expérimenté, particulièrement actif auprès de la jeunesse en difficulté. Présent au quotidien au plus près des réalités sociales, il s’efforce de retisser du lien, d'écouter les jeunes et de les réorienter afin de prévenir les dérives. Son travail s'appuie sur une fine compréhension des dynamiques de groupe et des fractures qui traversent les quartiers sensibles. Connu pour son franc-parler et sa neutralité, il intervient régulièrement pour analyser les tensions urbaines et porter la voix d'une jeunesse souvent marginalisée.
Mohamed Benmeddour entretient un ancrage viscéral avec la cité phocéenne, où il a grandi et dont il a lui-même traversé les soubresauts historiques, tels que les émeutes de 2005. Initialement engagé dans les quartiers nord de Marseille, il déploie aujourd'hui ses actions de médiation sur l'ensemble du territoire urbain, du nord au sud de la ville. Il connaît intimement la géographie marseillaise, ses contrastes saisissants et les zones de fracture qui séparent les cités enclavées du centre-ville. Présent sur le terrain lors des violences des 17 et 18 octobre, il observe avec inquiétude l'évolution des mentalités et le délitement des structures de proximité marseillaises.
Dans cet entretien, Mohamed Benmeddour livre une analyse sans concession des débordements et des pillages survenus en marge des manifestations lycéennes et syndicales du 17 octobre à Marseille. Il explique que ces violences, bien que préparées et motivées par l'appât du gain matériel immédiat, traduisent un mal-être profond, un sentiment d'abandon et une perte totale de repères chez une partie de la jeunesse. Il pointe du doigt la faillite des structures d'encadrement social historiques, l'influence amplificatrice des réseaux sociaux ainsi que la surdité récurrente des pouvoirs publics face aux signaux d'alerte. Tout en refusant d'excuser les pillages, il prévient que le seul retour à l'ordre policier ne suffira pas et réclame un véritable traitement de fond pour éviter un embrasement généralisé.